Vous avez fermé votre société il y a des années, et pourtant sa fiche — avec votre nom, votre rôle, parfois votre adresse de l'époque — apparaît toujours en tête des résultats quand on cherche votre nom. Ce n'est pas une anomalie isolée : c'est le fonctionnement normal des sites qui rediffusent les registres d'entreprises. Voici pourquoi, et surtout comment agir.
Pourquoi une société radiée reste visible en ligne
La radiation met fin à l'existence juridique de l'entreprise, mais elle n'efface rien : les registres publics conservent l'historique, les annonces de votre société (immatriculation, modifications, radiation) restent publiées au BODACC, et les sites comme Pappers, Societe.com, Verif ou Infonet continuent d'afficher la fiche avec la mention « radiée ». Aucun mécanisme automatique ne retire ces pages : sans démarche de votre part, elles restent en ligne indéfiniment.
Or ces pages sont rarement anodines. Elles peuvent associer durablement votre nom à une aventure entrepreneuriale pourtant terminée, exposer une adresse personnelle de l'époque, ou brouiller l'image d'un nouveau projet — auprès de quiconque tape votre nom : client, partenaire, banquier, recruteur.
La radiation renforce vos droits
C'est le point clé : la publicité légale des données d'entreprise se justifie par les besoins de la vie des affaires — vérifier un partenaire, identifier un dirigeant, sécuriser un contrat. Une fois la société radiée, cette justification s'affaiblit au fil du temps, alors que votre intérêt à protéger votre vie privée demeure. Concrètement :
- Le droit à l'effacement (article 17 du RGPD) s'applique notamment quand les données ne sont plus nécessaires au regard des finalités pour lesquelles elles étaient diffusées.
- Le droit d'opposition (article 21) vous permet d'invoquer votre situation particulière : activité cessée, données obsolètes, préjudice professionnel ou personnel causé par leur maintien en ligne.
À l'inverse d'une société active — dont les informations légales restent publiées par obligation — une fiche de société radiée est un terrain où la demande de suppression a de réelles chances d'aboutir.
La démarche, pas à pas
1. Recensez les pages qui vous exposent
Cherchez votre nom et celui de votre ancienne société sur Google, puis listez chaque URL : fiches de rediffuseurs (Pappers, Societe.com, Verif, Infonet…), pages de dirigeant, annuaires professionnels, sites de scoring. Il n'existe pas de guichet unique : chaque site devra être sollicité séparément, et une suppression obtenue chez l'un ne change rien chez les autres.
2. Écrivez à chaque site
- Adressez votre demande au contact indiqué dans la politique de confidentialité de chaque site, en visant les articles 17 et 21 du RGPD.
- Mettez la radiation au centre de l'argumentaire : date de radiation, ancienneté de la cessation, absence de nécessité actuelle de la diffusion.
- Listez les URL concernées et joignez un justificatif d'identité, éléments superflus masqués.
Chaque site a un mois pour répondre, extensible à trois mois pour les demandes complexes. Les pratiques varient beaucoup d'un rediffuseur à l'autre : certains suppriment, d'autres résistent ou ne répondent pas — prévoyez des relances écrites à l'expiration du délai.
3. Demandez le déréférencement des pages restantes à Google
Pour les pages qui subsistent, le formulaire de dér éférencement de Google (« droit à l'oubli ») permet de demander leur retrait des résultats associés à votre nom. D'après une étude sur les demandes européennes, un peu plus de la moitié des demandes aboutissent en moyenne — l'ancienneté de la radiation joue en votre faveur. La page continue d'exister, mais ne remonte plus sur votre nom.
En cas de silence : la plainte CNIL
Si un site ne répond pas dans le délai légal, vous pouvez déposer plainte en ligne auprès de la CNIL, gratuitement, en joignant vos échanges. C'est un levier de pression réel, mais lent : d'après la Cour des comptes, l'âge moyen des dossiers non traités atteignait 376 jours en 2025. La plainte se prépare donc comme une pièce de plus au dossier, pas comme un recours immédiat.
Vous préférez ne pas vous en occuper vous-même ?
Guichet Facile prend en charge l'ensemble du parcours : analyse gratuite pour recenser les sites qui vous exposent, puis envoi et relance des demandes auprès de chacun avec un mandat signé en ligne, en faisant valoir vos droits renforcés de dirigeant d'entreprise radiée — jusqu'à la préparation d'un dossier CNIL si un site ne répond pas.
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